Article de Patrick Vinot Préfontaine

La Wasserkuppe est le plus haut sommet du Land de Hesse et culmine à 950 mètres. Elle est située près de la ville de Gersfeld dans le massif montagneux Rhön. La rivière Fulda y prend sa source avec une trentaine d’autres ruisseaux.

Cette « montagnette » est très célèbre dans le monde du vol à voile. Il s’y trouve aussi le musée allemand du vol à voile, un aérodrome pour planeurs et avions à moteurs utilisé par quatre associations vélivoles et un centre d’apprentissage. C’est également un grand centre de parapente et d’aéromodélisme.

Indépendamment de ses superbes paysages et de son intérêt géologique, le nom de la Rhön est mondialement connu tout du moins dans le monde de l’aviation, comme l’endroit où est né le vol à voile (*).

Les débuts

Le vol d’Icare est un mythe, Léonard de Vinci a rêvé d’imiter les oi-seaux… De tout temps des hommes ont souhaité s’élever du sol. Leur inven-tivité a été sans bornes. Le premier plané réussi attesté date de 1801, à An-goulême : 300 m en se jetant d’une tour pour traverser la Charente, au prix d’une jambe cassée !

Quoi qu’il en soit, c’est en Allemagne que naît véritablement le vol plané : entre 1891 et 1896, Otto Lilienthal réalise, près de Berlin, plus de 2 000 vols à partir d’une colline artificielle, met-tant au point et améliorant constamment la formule de voilure et d’empennage qu’il a in-ventée, découvrant au passage bon nombre de principes d’aérodynamique dont vont se servir les pionniers de l’aviation.
Mais il ne s’agit toujours que de reve-nir à terre le plus tard possible … et vingt-cinq ans plus tard, on en est toujours au même point !
 
 

L’influence du Traité de Versailles

Sur le plan de l’aéronautique –dont l’Allemagne a prouvé sa maîtrise pendant le premier conflit mondial- les clauses contraignantes du Traité de Versailles sont parti-culièrement dures : interdiction de toute aviation militaire, limitations drastiques à la pratique du vol à moteur.
Si certains émigrent aux États-Unis, les excellents ingénieurs et techniciens allemands vont se tourner, faute de mieux, vers le vol sans moteur.
Le D.F.S. (Deutsche Forschungsanstalt für Segelflug = Institut Allemand pour la Recherche sur le Vol à voile) est créé en 1925 pour fédérer les travaux de recherche antérieurs, dans la perspective de maintenir un haut niveau technologique et de déve-lopper l’intérêt pour l’aviation.
Ce centre s’installe dans le Massif de la Rhön, plus précisément à la Wasser-kuppe, qui présente des dénivelés favorables. Il y restera jusqu’à son transfert à Darmstatt en 1933.

La découverte du vol à voile

Dans ce relief montagneux, les pilotes d’essais vont d’abord révéler (1922) le phénomène des courants glissant sur les pentes. Mais surtout, ils découvrent les as-cendances thermiques au-dessus des surfaces chaudes ou sous les nuages (Walter Georgii et Robert Kronfeld, 1925). L’exploitation des masses d’air ascendantes est une révolution, puisque ce sont de véritables ascenseurs naturels.
Une exploration, puis une théorisation de ce phénomène d’ascendance sont mises en place. La science de l’aérologie est née !
Chaque découverte, tel le variomètre, donne de la matière aux réflexions des ingénieurs, avec des progrès fulgurants. En moins d’une décennie, la silhouette des planeurs évolue du tout au tout.
Les records de durée, de vitesse, d’altitude pour monoplaces ou biplaces sont tous établis puis améliorés sans cesse par les Allemands.

L’importance de la Wasserkuppe

Jusqu’à ce que le IIIème Reich s’affranchisse des contraintes du Traité de Versailles, tous les cerveaux vont se con-centrer sur le vol à voile.
L’aérodynamique bénéficie de progrès importants, que l’on va retrouver sur les futurs avions de combat. Les aérofreins, par exemple, sont mis au point sur des planeurs. Le profilage des habitacles, l’allongement et la finesse des ailes en pro-viennent également. Les nouveaux matériaux de construction, de plus en plus légers et résistants, sont en grande partie le résultat des travaux du DFS.
En parallèle sont développées les systèmes de mise en l’air ; le treuil à moteur s’universalise, et la technique du remorquage par un avion va trouver de nombreuses applications pendant le second conflit mondial. Le DFS va aussi mettre au point des ailes volantes, des planeurs de transport lourd, et même des planeurs-intercepteurs à moteurfusée.
Dans ce même domaine militaire, relevons que la pratique intensive d’un vol à voile de performance dans toute l’Allemagne, en l’absence du vol motorisé inter-dit, a permis de former une génération entière de jeunes pilotes que l’on retrouvera bientôt sur les champs de bataille…

Le point culminant

Plusieurs constructeurs aéronautiques se spécialisent dans la construction en masse des planeurs modernes conçus à la Wasserkuppe. Des licences sont même accordées à l’étranger. Le Grunau Baby sera produit à plus de 6 000 exemplaires dans 20 pays. En France, même après la guerre, la construction de planeurs sera relancée avec le DFS Meise, produit par Nord Aviation.
Ce modèle a eu son heure de gloire lors des Jeux Olympiques de Berlin en 1936, puisqu’il est choisi pour être la monture commune des concurrents pour cette unique inclusion du sport vélivole dans les Jeux.
Aujourd’hui, les planeurs de cette époque sont encore très nombreux à voler, preuve de leur robustesse. Ils sont encore très performants en meeting, et pratiquent aisément l’acrobatie.
Et l’Allemagne est restée la nation de pointe en matière de conception et de construction de planeurs.

Le plus grand musée du monde consacré au vol à voile, installé justement près de la Wasserkuppe, témoigne de cette suprématie constante et incontestée